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LES 7 MAJEURS

  • Photo du rédacteur: Benjamin Schmetz
    Benjamin Schmetz
  • 16 juil.
  • 6 min de lecture

Ils sont à eux sept une prose.

Etant non assujetti à une éventuelle règle poétique, les 7 Majeurs sont l'antithèse de ce que le vélo de route est au monde de la bicyclette.

Quelque chose d'irrégulier.

Quelque chose d'époustouflant.

Quelque chose d'intouchable.

Quelque chose d'enchanteur.


Les lacets de l'Izoard
Les lacets de l'Izoard

Ils n'appartiennent à personne. Pas plus à leur créateurs qu'aux français ou italiens. Pas plus aux baroudeurs qui s'y lancent qu'aux commerces qui jalonnent ces routes des grandes Alpes. Cette boucle hors du temps traverse deux fois la frontière franco-italienne avec à chaque passage la cime qui se confond avec ces bornes frontalières marquées d'une face "F" et d'une autre "I", toutes bien en place depuis la deuxième guerre. Les 7 Majeurs peuvent tout autant être un défi d'une intensité folle qu'une expérience de plusieurs jours selon le dessein que se fixent les pèlerins.


Je me suis lancé sur les 7 Majeurs et je vous écris ces lignes à l'image de l'expérience qui m'a conquise. J'en retiens ces quelques sentiments profonds.

La violence du parcours n'offrant aucun répit.

L'éphémérité (je ne sais pas si ça se dit) du temps qui file, qui file,...

La majestuosité des décors qui jonchent ces 365 kilomètres et 10 500 mètres de dénivelé.

Que les quelques mots que je vous laisse sonnent comme une invitation à vous lancer. Les 7 Majeurs se vivent comme une première au festival de Cannes. Seuls ceux qui ont leur ticket sauront. Mais croyez moi la montée des marches s'avère pentue.


C'est lors d'une passe d'une petite humeur que je décide hâtivement de me lancer. Nous sommes début juillet et La Fauniera vient d'ouvrir officiellement après quelques travaux stabilisant les récents éboulements. La saison des 7 majeurs est ouverte. Sept, comme ces sept sommets des Alpes dont les pics respectifs culminent au-dessus des 2000 mètres. Le sens horloger est celui qui sied davantage.

Je prépare ça comme une journée de boulot, réunissant mes petites affaires dans un sac d'hydratation qui m'accompagne. Je ne prévois pas d'itinéraire horaire, me laissant une agréable sensation de liberté, oeuvrant selon mon humeur quotidienne.

Le réveil de 04:00 est impertinent. Comme à son habitude lors des "grandes journées" j'ouvre naturellement les yeux, anticipant toute écrasante sonnerie. J'ai 1h30 de route pour me délecter d'une petit café serré avant de garer ma bagnole à Isola en amont du petit bout de vallée qui rejoint le pied du Col de la Bonette. Bien que ma préparation se rapproche plus d'une motivation à l'ancienne typée Marc Madiot qu'une feuille de route de chez Ineos, je suis là pour m'affranchir de mon grade de chevalier.


Les 7 majeurs, c'est aussi une confrérie. Et moi, tous ces trucs de confrérie ça me fait grave kiffer. Que des mecs créent de tout pièce un tour à vélo et en fasse une confrérie dont ton temps final définit ton grade c'est véritablement le vélo que j'aime avec un grand "J".


Il est 06h34 quand j'appuie sur le bouton "start" de mon compteur. Je note bien mon heure qui me permettra d'enregistrer mon chrono total mais aussi mon temps de déplacement.


Les derniers hectomètres de la Bonette
Les derniers hectomètres de la Bonette

CIME DE LA BONETTE 2860


Le quatrième plus haut col routier d'Europe. Une longue vallée en faux plat montant m'autorise une petite mise en jambe. Cette Bonette je la connais par cœur. Elle n'est pas difficile mais sa longueur et son altitude laisse les "peu entrainés" avoir une démarche de Jakobsen à l'altiport de Peyragudes lorsqu'ils attaquent ces fameux derniers 500 mètres où le décors désertique sublime les sommets du Mercantour.


La foule est présente des deux côtés, les cris sont incessants. Le bal matinal des marmottes est à apprécier avant que ces enculés de motards ne viennent les forcer à retrouver leurs terriers.





COL DE VARS 2108


Clairement le petit poucet. C'est court, c'est facile. Il fait office de jonction avant la grande vallée reliant Briançon. Pourtant il m'apparaît d'une difficulté certaine. Les jambes coupées, la chaleur me gagne déjà. Je check dans ma poche droite si la clé de voiture est bien là et j'ai cette sournoise pensée "t'es cuit, si tu veux bâcher c'est maintenant ou jamais". Bien qu'en bonne forme, l'hygiène de vie qui a suivi la décision préfectorale d'annuler ma petite balade dominicale sur la Prom' ne m'a pas aidée.

Je m'oblige à aller chercher Briançon et l'Izoard, dont le franchissement m'éloigne en tous points d'un replis possible.


COL DE L'IZOARD 2362


La visite régulière du Tour de France sur ses pentes en fait un col célèbre. Une boulangerie artisanale à son pied me redonne un second souffle. Il est midi est mon compteur affiche 38 degrés lors des premières pentes. Le mercure n'a que peu baissé à son sommet. L'Izoard est certes une belle ascension mais elle a tout d'un classique. Rien d'hors-norme. Rien ne me laisse bouche bée. Les derniers lacets valent le détour, j'en conviens. Mais je suis ici pour être surpris et la suite sera plus salvatrice.


Sur les pentes de l'Agnel
Sur les pentes de l'Agnel

L'AGNEL 2744


Son sommet est marqué par la frontière franco-italienne. A 2744 mètres en voilà un fabuleux que peu de cyclistes ont à leur palmarès. La descente sera un de mes moments forts, les yeux tout humides d'émotion face à la somptuosité des lieux. Le Tour s'y rend rarement car il ne mène à pas grand chose. Sa bascule côté italien ne laisse que peu de possibilités. Une vallée du Piémont dont l'état des routes et l'amabilité du trafic routier vous invite à vous échapper à la première issue possible. Ici, l'issue est redoutable, elle se nomme Colle di Sampeyre.





COLLE DI SAMPEYRE 2284

Petit break au sommet de Sampeyre
Petit break au sommet de Sampeyre

Je vais mieux. Forcément à "4/7 cols" le cerveau bascule et c'est toujours dans ces moments que je m'extasie face à l'impact du mental lors d'un effort d'endurance. Bien que marqué par la fournaise le parcours est abondamment jalonné de fontaines m'offrant un peu de répit. J'immerge subtilement la tête, voilà une paire de Shokz pour la poubelle, belle perf'...

Avec ses 16 km à 8,5% il n'y a pas de quoi lever la roue avant mais Sampeyre ne vous laisse aucun mètre de répit. L'approche du sommet s'oppose à l'abondance d'oxygène. Je bascule un peu à l'agonie, m'allongeant dans un champ et craquant un Coca acheté un peu plus tôt. L'arrêt est cour mais salvateur. Le petit homme qui s'est élancé au petit matin a déjà fait tout ça. Le téléphone est en mode avion. Je sens la petite ivresse de l'ultra me gagner. Il ne me reste que deux cols pour que mon devoir du week-end s'accomplisse.


LA FAUNIERA 2481


Peut-être est-ce "Colle Fauniera" mais j'ai l'ai toujours nommée "la Fauniera". On pourrait la mettre en vitrine à Amsterdam...

Cette triplette italienne, Sampeyre-Fauniera-Lombarde, marque surtout un contraste saisissant entre les cols dits routiers côtés français et ces petites routes escarpées côtés italiens. Les nombreux lacets ne me permettent aucune perspective au-delà d'une centaine de mètre. Je sais qu'en ces lieux sacrés se dresse la statue de Pantani. En hommage à l'homme qu'il fût mais aussi à son ascension stratosphérique en ces mêmes lieux sur le Giro 1999. Je balance mon vélo de gauche à droite avec la seule énergie qu'il me reste. J'ai passé le dénivelé d'un Everest. Le couché de soleil laisse à moi ces images immortalisées. La quiétude regagnant la montagne, les petites marmottes reviennent me jouer un spectacle enchanté.

Couché de soleil dans la Fauniera
Couché de soleil dans la Fauniera

LA LOMBARDE 2351


Je reviens en terrain conquis. En quelques minutes le peu de lueur a laissé place à un noir obscur. Un regard au chronomètre me confirme que je peux même la grimper en randonnant à pied, ce grade de chevalier est dans la musette. Job is done. Je me répète ces mots "profite Benja", au bout d'une journée marquée par la solitude.


La descente de la Lombarde sonne comme une dernière dance, j'en suis presque à me faufiler tant les cabris sont en nombre.

Il est 01h21 lorsque je tape mon véhicule comme si je passais un relais. Dans la pénombre de ce parking communal d'Isola village, tout est déjà fini.

365km, 10 500 mètres de dénivelé, 18h47 de temps total, 17h33 de temps de déplacement.



Les 7 majeurs ne sont pas vraiment des chiffres.

Ils sont des grades, oui.

Ils sont surtout une petite épopée.

Je suis parti sans savoir.

Je suis revenu en sachant un petit peu plus que le jour d'avant.

Alors foncez. Prenez le temps qu'il vous sera nécessaire. Mais allez au bout.


"Sans l'incertitude l'aventure n'existerait pas"


Benja


 
 
 

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