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Desertus Bikus

  • Photo du rédacteur: Benjamin Schmetz
    Benjamin Schmetz
  • il y a 2 jours
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 12 heures

PLUMUS


Je prends la plume de la même manière que j’ai épinglé le dossard à Hasparren. L’encre s'écoule doucement sur un papier griffonné de la même mesure que ma passion de l’ultra traverse mes entrailles.

Ce récit est un éloge au symbole de la Desertus Bikus, le cactus. Ça va piquer dans tous les sens, laissons au bord de la route les ignares de la satire et de l'humour.

Quelle sensation vertigineuse de foncer vers le Sud
Quelle sensation vertigineuse de foncer vers le Sud

Une pensée hautaine me vient à l'esprit "je n’ai pas grand chose à raconter ayant torché la course en deux jours et demi". Et pourtant...

Elle résonne comme une véritable accroche, une transition toute faite vers la pierre angulaire de la DB, sa dalle en béton. Celle qui fait scintiller un brin de magie que d’autres jalouseraient : la mixité des participants. A la Desertus Bikus ils sont d'ailleurs plus des personnages que des participants. Chacun dans une quête de son histoire si peu commune soit-elle. Autant de cyclistes venus avec des aspirations et du matériel antagonistes. C'est le seul ultra assurant cette belle mixité avec un gros tiers de femmes au départ . Des âges, des horizons différents. On est pas sur l'exigence physique d’une TCR. La distance rend le défi accessible pour s'avancer délicatement sur le tremplin et exécuter un premier salto élégant vers le monde de l’ultra.

Côté politique on est plus sur une concentration de gaucho parisien empruntant le train pour le trajet retour soucieux d’épargner leur bilan carbone. La GORE-TEX dans la musette.

Que d'étonnement de n’avoir entendu aucune plainte sur l'absence de nourriture vegan dans les Repsol.

Côté financier ce n’est jamais évident de classer les gens. Tu ne sais jamais s’ils pieutent avec un bivouac de fortune par radinerie d'épargner 40 balles d’hôtel ou par optimisation de leur chrono final. Ou ces puristes, et j’aime la beauté du geste, ceux qui refuseraient même qu’un hôte les héberge gracieusement. C’est le team "outdoor", le plaisir infini d’être bercé par un plafond d'étoiles. La peau de chamois collée sur leur cul abîmé, ils réservent la larme à l'œil pour le moment où ils franchiront la ligne d'arrivée, pas pour l'instant fatidique où ils vont abaisser leur froc entraînant avec une peau semi-cicatrisée.


Je tiens à m’auto-déclarer apolitique ayant comme unique ambition une existence la plus simple possible, entouré des gens que j’aime et qui je l'espère m'aiment aussi. N'oubliez pas que l'éloge du Cactus est notre fil conducteur.


ALMUNECARUS


Et si on commençait par l'arrivée. Ce n’est pas avide de sens tant elle fait aussi office de base pyramidale de ce défi d'ultra cyclisme. Playamar c’est ce bar de plage situé à la pointe de la commune d’Almunecar,  tenu par Oscar lui-même finisher de cette édition 2026. Les pieds dans le sable, c’est déjà un symbole que de rejoindre la Grande Bleue en étant parti du pied des Pyrénées. Quelques jours durant Playamar vibre à l'allure de la 40e Symphonie en sol mineur de Beethoven. Aux périodes frénétiques succèdent des moments d’un calme relatif. Les cervezas et les calamars frits sont les maîtres d'orchestre. La magie opère avec l'arrivée éparse des finishers longuement applaudi par d’autres accumulant déjà les calories et les grammes d’alcool.

Les sourires sont dominés par de larges cernes, des petits yeux scintillent de satisfaction. Si Dieu avait créé la finish line parfaite qu'aurait-il ajouté ?

Il faut tailler la dédicace aux organisateurs accueillant chaque participant, remettant en main propre ce souvenir inédit, un cactus. Je ne peux qu'écrire ce que tout le monde pense très fort "merci Yvan et son équipe".


HASPARRENUS


Quelques heures avant le départ
Quelques heures avant le départ

Je vous emmène maintenant plein nord à Hasparren, petite ville au cœur du Pays-Basque où un départ vendredi minuit attend les quelques 400 participants.

Profitant des derniers instants de calme, il est 22h00 quand la fanfare se met en route. Mon amour pour ce genre musical me percute comme un expresso serré. C’est l’heure de fermer le sac et surtout de se donner un violent coup de pied au cul. Rien de plus désagréable que d'enfiler son cuissard à l’heure où je vais habituellement me coucher.

S'offrir un départ depuis une salle de balle pelote au Pays Basque c'est comme si l’on quittait le Colisée depuis le centre de Rome. Les premiers tours de roues sonnent comme une libération. Quelques chouettes tape-culs et un petit col Basque font office de bascule vers la plaine espagnole. Ils lissent la meute lancée à toute berzingue.

Les choix de trace font aussi office d’isolateur. Cette Desertus Bikus a la particularité d'offrir un tracé semi-libre. Il faut valider cinq checkpoints obligatoires répartis sur l'ensemble de la course ainsi qu’une portion de parcours. Le restant libre à vous de tracer l'itinéraire qui vous sied. Je ne suis pas un partisan de ce format. J’aime aller à un événement où l’organisateur me berce avec une trace qu’il a mûrement bâti. Qu’il m’impose un détour pour un point d'intérêt ou une difficulté quelconque, empruntant un maximum de petites routes vidées de toute circulation et traversant des zones permettant le ravitaillement.

Ceci n'étant point une critique, plutôt une préférence. Pourvu que le calendrier propose des ultras variés et pour tous les goûts.



Cette édition a vu la DB prendre un virage un peu sévère pour le off-road. Traversant l'Espagne dans les premières positions j’ai pensé à tort "ça va râler derrière" et bien mal m’en pris c’est plutôt le contraire qui s’est passé. Ça a montré plus d'avis mécontents à l'avant de la course. J'avoue avoir regretté mes pédales routes dans les tronçons à pied. J’ai aussi regretté d’être en Espagne et ne poser mes roues sur de la pistasse bien roulante, bien tassée, et à avoir à affronter un terrain caillouteux.

Un devoir journalistique aviserait ; "messieurs on a aimé mais communiquez en amont."


BLOCUS


Première journée plein gaz
Première journée plein gaz

J’en suis déjà à tout ça d'écrit et je n’ai pas trop parlé de mon périple. Je dois vous laisser la confidence que j'éprouve de moins en moins de contentement à parler de moi préférant objectiver ce qui m'est apparu aux yeux.

J’ai eu cette belle rencontre le premier jour avec Yoan qui bouclera la course en deuxième position. On a roulé ensemble de minuit-dix à dix-neuf heure le premier jour. Une journée où peu de mots ont suffit. Peu de mots pour comprendre qu'à deux on ira plus loin. Peu de mots pour s'entendre face au bourdonnement du vent intense. Peu de mots pour comprendre qu’on s'entend bien. Peu de mots mais beaucoup de relais. Le temps d’une journée je me suis pris pour l'échappée de Roubaix. Ce n'était pas délicieux. C’était onctueux. Merci Yoan.

Oui, à la DB le règlement autorise de rouler ensemble.


Il est vingt heure, j’ai roulé 545 kilomètres face au vent à exactement 29,6km/h sur un vélo lesté du matériel nécessaire pour quelques jours d'autonomie. Assommé par le soleil j’en ai ma claque complet du vent. Je mets le clignotant à droite dans un petit hôtel médiéval fraîchement déniché sur Booking depuis le vélo. Mes progrès et mon optimisation au millimètre me font réussir à tout faire depuis le vélo à l'exception de chier, dormir et m'arrêter prendre de la flotte ou de la victuaille. Tout le restant, se changer, mettre de la crème solaire, manger,... se fait depuis le cockpit.


A l'hôtel j’ai confirmation de la pauvreté linguistique des espagnols et leur peu d'effort dans la langue de Shakespeare. Je suis méchant car ils sont d'une serviabilité remarquable, s'arrangeant pour me servir rapidement un requinquant plat de pâtes. Je file au lit, 21h, pour un dodo record sur un ultra, 5 heures. Ce que l’histoire raconte c’est que cette trêve partielle fait office d'arrêt unique pendant ma course.

La nuit, un rendez-vous avec soi-même
La nuit, un rendez-vous avec soi-même

A 02h30 lorsque j'appuie sur le "start" de mon compteur, je ne le sais pas encore mais me voilà en route pour les 710 kilomètres restants. D’une traite. Pas de pause à deux balles, d'arrêt nourriture,... juste un bon jardinage et trois crevaisons au CP3 me faisant perdre deux heures à l'aube du troisième jour.

Je n’ai pas mal aux jambes. Ma forme est plutôt grandissante au fil des bornes accumulées avec cette sensation d'assimiler instantanément l'effort et de prendre en force. J'écris à mes proches que je dormirai dans le fossé quand ce sera nécessaire. C'est plus pour leur envoyer un signal positif, mon fort intérieur sait pertinemment que je vais rouler la nuit complète.


Je pénètre dans mon temple, celui de la nuit. Celui que je viens chercher. La nuit ça s’accueille. Je lui ai tendue chaleureusement mes bras. C’était très froid mais je m'oblige à peu me couvrir permettant de me garder en éveil total. Les choses ont l'illusion que vous leur donner. J’avais décidé d'aimer cet intermède nocturne. L'aube a cette fois sonné la fin du bal alors qu'elle est d'habitude libération. La nuit, c'est ce monde sans tentation où tout est d'une simplicité déconcertante. Les commerces fermés, les rues vides, les hôtels portes closes. Il faut juste se soumettre à cette action d'un simplicité caractérisée : avancer. Ignorez le temps qui passe auquel cas tout vous paraîtra si long. Aimez-vous et aimez ce que vous faites. Je ne suis jamais autant avec moi-même que sur ces instants profonds.


ACUTUS


Mon tracker est entre-temps tombé en batterie basse et échouant dans ma démarche à le charger j'écris à l’organisateur s'accordant sur l'envoi des photos des CP restants. Je ne peux m'empêcher cette pensée si croustillante, vivement l'arrivée pour la mettre profondément à sec et sans élan à ceux me croyant explosé au milieu de la nuit. C’est réjouissant.

Mon repas d'arrivée
Mon repas d'arrivée

La dernière matinée est une formalité dans les pétards andalous où je me demande pourquoi ils font des routes aussi droites dans un pays autant à gauche (copyright sur cette phrase).

Une ultra fraîche cerveza accompagnée d'une assiette fournie de calamars m'attendent pour mon arrivée à l’heure de l'apéro. Je les immerge dans la mayonnaise de la même manière que mon esprit baigne dans une absolue béatitude.

Je n’ai pas d’autres satisfactions que d’être là. Je vis un état d’auto-complaisance, n'ayant ni faim, ni soif, ni sommeil, ni désir, ni contradiction.

Mon rail de coke a duré deux jours et demi.

Je sais que quelques heures vont s'écouler précipitamment cette après-midi. Je vais rejoindre les draps douillets d'un luxueux hôtel de la Costa del Sol laissant libre cours à mes lourdes paupières. Cette petite sieste salvatrice terminée je serai redevenu un lambda. La réalité me regarde d'un oeil vicelard au coin de la rue, prête à me rattraper. Je ne me retrouve que peu récompensé. J'aimerai tant que ces moments s'éternisent.

Mais peut-être pas si lambda que ça. Les ultra cyclistes ont tous une petite histoire profonde qui les conduit ici. Certains en sont conscients et d’autres même pas et ça importe peu, tant qu'ils sont ici ils sont au bon endroit.

Ce qui importe c’est d’arriver à Almuñecar. Ça oui c’est important. On le tient ce dénominateur commun entre ceux qui "font la course" et ceux "qui veulent finir" (c'est très vulgarisé excusez-moi) : ALLER AU BOUT DES CHOSES.


Je suis friand de citation et aujourd'hui je retiens celle-ci : "le verbe être est plus noble que le verbe avoir".


MATHEMATICUS


C’est mon blog et je balance quand même des thunes dans un nom de domaine donc j’y ajoute, et c’est maintenant traditionnel, la "parenthèse cartésienne" comme je la nomme taillant un joli portrait à mon ego de compétiteur.

J'aime profondément aller vite et à partir du moment où j'ai un dossard et un tracker ce n'est pas pour compter les lapins sur les sentiers andalous. D'ailleurs j'aime rappeler que oui je lève beaucoup les yeux, contemplant l'architecture, les villages, les paysages, la nature,... Lorsque j'admire une forteresse médiévale, certains se plairaient d'acheter leur ticket pour la visite complète. Moi je suis complètement rassasié de ne l'a voir que d'une brève manière depuis mon vélo. Je profite, oui. Et il ne vous faut que quelques ultras plus voir plus de choses qu'un lambin sur toute une vie.


C’est véritablement ma meilleure performance absolue. En terme de puissance-sommeil-temps d'arrêt. Ceci le résultat d’un entraînement très réorienté et très ciblé. J'ai priorisé un travail musculation qui m'a fait prendre plus de 2 kg. Et comme à chaque fois que je crois arriver à une bascule, je vois une chiée de choses à améliorer et à bosser.


  • Chiffres : 1250km, 15 500m d+, 51h de déplacement, 61h temps total (auto-pause à pousser le vélo, ravitos,...)

  • Sommeil en 3 nuits : 5h10, sur la deuxième nuit d'une traite, la première et la troisième sans fermer l'oeil.

  • Nourriture : j'ai enfin réussi à bouffer des gels, pas pour rien que c’est ma meilleure performance en ultra. Les gels de Seixas, les nouveaux 1:08, goût neutre. Ne vous emballez pas ça ne vous fera pas gagner Liège mais vous ne serez pas à la ramasse non plus. Le tout complété par de la poudre bidon maison, des tartines triangles des Repsol (digeste, salé, facile à mâcher), quelques Clif Bars, 3 gels caféiné sur la course.

  • Trace : avec mes plus de 1250 km, j’étais plus proche d’un peintre qui dépose une couche de primaire que d’un horloger suisse. Si je refais un truc du genre il me faudra travailler la trace plus méticuleusement. L'option "dénivelé limité et routes goudronnées" sur Strava ne suffit pas.


Je rajoute cette petite capture des 350 premiers kilomètres pour que les gens visualisent comment ça roule. Vent de face, vélo chargé. Sachant que ça ne s'est jamais calmé, que ce n'est pas une fin d'activité, juste un stop pour alléger le compteur. C'est un sport où il faut mettre son âme au service de ses jambes.


A bientôt sur la route. Puis regardez ces photos ci-dessous et dites m'en que ça n'en valait pas la peine.


Benja


PS : si je suis si sale à l'arrivée c'est que je me suis vautré dans un caniveau à 4 kilomètres du but...



Photos 2 & 19 copyright jennifernguyen.fr





 
 
 

1 commentaire


yoan.dercourt38
il y a 10 heures

Franchement c'était captivant, c'est la première fois que je lis tes récits mais maintenant je vais suivre attentivement ton site car tu ne sais pas qu'appuyer sur des pédales!!! Tu écris vachement bien😍. Content de t'avoir rencontré et d'avoir fait autant de kms avec toi🔥 YO:)

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